Publications — Leadership sans bruit · Management · Juin 2026

Rendre le rôle de manager à nouveau désirable.

Les jeunes ne refusent pas le management. Ils refusent ce qu'ils en observent.

En fin de journée, une jeune collaboratrice regarde son manager refermer son ordinateur après une journée comme tant d'autres : huit réunions, trois urgences, des décisions à absorber sans réelle marge. Il tient, avec une élégance silencieuse. Et c'est cela, justement, qu'elle observe.

On parle volontiers du « manque d'ambition » des nouvelles générations. C'est un peu facile. Le chiffre raconte autre chose : ce n'est pas l'ambition qui manque, c'est l'envie d'un rôle tel qu'il se donne à voir.

Car les jeunes ne lisent pas le management dans les brochures RH. Ils le lisent dans les journées réelles de leurs managers. Et ils y voient des personnes compétentes, engagées, mais prises entre injonctions contradictoires — qui incarnent moins une fonction qu'elles ne l'endurent.

Ce n'est pas une crise d'ambition. C'est une crise de désirabilité du rôle managérial.

Rendre le management à nouveau digne d'être voulu suppose de sortir de la vision du manager-relais — simple amortisseur, distributeur de consignes. Cela suppose de redonner une vraie place au rôle : clarifier, arbitrer, faire grandir, protéger les priorités, tenir un cadre, créer les conditions d'une autonomie réelle.

Autrement dit, retrouver le cœur du rôle. Les nouvelles générations ne rejettent pas l'exigence — elles rejettent l'absurde. Elles ne refusent pas la responsabilité, mais la responsabilité sans marge, sans reconnaissance et sans cohérence.

Si les organisations veulent préparer leurs futurs leaders, elles devront commencer par regarder ce que leurs managers actuels donnent à voir. Non pas dans les discours, mais dans les journées, les réunions, les arbitrages — dans la manière dont sont soutenues, écoutées, associées les décisions.

Un rôle que l'on rend intenable finit rarement par donner envie.

C'est, peut-être, le vrai chantier managérial des prochaines années : non pas rêver de leadership, mais reconstruire un management suffisamment clair, utile et vivant pour qu'on s'y projette à nouveau. C'est exactement là que nous travaillons, aux côtés des dirigeants et des managers — sur la posture, la clarté du rôle et les conditions de la décision.